Dans un genre qui met souvent en scène les débuts d’une relation, les premiers émois et les malentendus de jeunesse, Un zeste de tendresse prend le chemin inverse et choisit de raconter ce qui vient après. Chigaya Ichigaya s’intéresse à la suite de l’histoire, celle qu’on voit rarement : le quotidien, les habitudes, les gestes qu’on répète depuis des années et qui, au fond, disent tout de l’amour. Le ton est calme, presque murmuré, et le récit avance par petites touches plutôt que par grands événements. Cette façon de faire donne au manga une atmosphère chaleureuse, qui rappelle une maison où l’on se sent bien dès qu’on y entre. Le titre original, Sui mo amai mo, fait d’ailleurs écho à une expression japonaise évoquant les bons comme les mauvais moments de la vie, et il résume bien l’esprit de l’œuvre : un amour qui a tout traversé et qui reste là.

Kiyotsugu, ancien pompier, et Shûji, ancien chef cuisinier, viennent de fêter leurs trente ans de vie commune. Aujourd’hui à la retraite, les deux hommes sont toujours aussi amoureux et profitent chaque jour du bonheur d’être ensemble dans leur foyer. L’histoire nous invite dans leur quotidien, rythmé par les petits plats savoureux et les souvenirs heureux qu’ils ont construits au fil du temps. Par petites touches, le manga montre comment leur amour a traversé les années, les épreuves et les différentes étapes de leur vie. Il n’y a ni grand drame ni rebondissement spectaculaire : l’histoire s’intéresse à la tendresse du quotidien, à ce qui se dit et à ce qui n’a plus besoin d’être dit entre deux personnes qui se connaissent par cœur.

Un zeste de tendresse m’a beaucoup plu, parce qu’il offre quelque chose de rare dans le boy’s love : une romance qui dure. On y voit un couple installé, complice, qui a connu des hauts et des bas et qui est toujours là l’un pour l’autre, et cela rend l’histoire très rassurante. J’ai particulièrement aimé la narration très posée de l’autrice, qui prend le temps de montrer les gestes simples du quotidien, comme préparer un repas ou partager un souvenir. La cuisine occupe une vraie place dans le récit, ce qui donne un côté gourmand et chaleureux à la lecture, en plus d’être un joli clin d’œil au métier de Shûji. Les thèmes de la complicité, de la patience et du temps qui passe sont abordés avec beaucoup de pudeur, sans jamais forcer l’émotion, et c’est ce qui les rend si sincères.

Il y a aussi quelque chose de très touchant à voir un couple d’hommes gays vieillir ensemble, heureux et en bonne santé, sans que leur histoire soit réduite à des épreuves ou à des drames. Cela change des représentations habituelles et donne au manga une saveur toute particulière. Le récit mêle le présent et les souvenirs, ce qui permet de comprendre petit à petit tout ce qui lie Kiyotsugu et Shûji, et de s’attacher à eux sans effort. Comme il s’agit d’un one-shot, la lecture se fait d’une traite, sans longueurs, et laisse une impression de douceur longtemps après la dernière page. Je le recommande à tous ceux qui aiment les histoires de vie calmes et sensibles, aux lecteurs qui cherchent une romance adulte loin des clichés du genre, et à ceux qui ont simplement envie d’un manga réconfortant.

