Interview BLACK TORCH avec Kei Umabiki & Yoji Ueda !
Deux voix, deux regards, un même projet au cœur de la discussion. À l’occasion de la sortie de l’anime BLACK TORCH , nous avons eu la chance de nous entretenir avec son producteur Kei Umabiki ainsi qu’avec le doubleur japonais Yoji Ueda de Rago, pour évoquer les coulisses de cette adaptation. Entre choix artistiques, défis de production et travail d’interprétation, cet échange offre un éclairage privilégié sur la genèse de la série et sur la manière dont elle a pris vie à l’écran.

Pour Kei Umabiki : Le manga de Tsuyoshi Takaki s’est terminé en 2018 après 5 tomes. Qu’est-ce qui vous a donné envie, des années après, de porter cette histoire à l’écran ? Comment avez-vous abordé l’adaptation d’une œuvre achevée ?
Kei Umabiki : Pour évoquer la naissance de ce projet, ce sont deux sociétés japonaises qui en sont à l’origine : Shogakukan-Shueisha Productions, qui ont initié le projet d’adapter en animé ce manga achevé en 2018. En réalité, on observe en ce moment un mouvement assez marqué chez les éditeurs, qui envisagent de plus en plus des adaptations animées de mangas terminés depuis déjà plusieurs années. Il s’agit d’une tendance un peu rétrospective, et BLACK TORCH fait partie de ces titres qu’on a jugé dommage de laisser dans l’état considérant qu’il constituait un matériau propice à une adaptation animée. C’est dans le cadre de ce mouvement que la série a finalement vu le jour.
Pour Kei Umabiki : BLACK TORCH mélange folklore japonais traditionnel (les mononoke) et un récit type shonen action , comment avez-vous travaillé la direction artistique pour équilibrer ces deux univers, notamment avec le character design de Go Suzuki ?
Kei Umabiki : Pour adapter ce manga en animation, nous nous sommes posé des questions à la fois sur le plan visuel et sur le plan narratif. Visuellement, il était clair que l’œuvre se caractérise par une stylisation graphique des personnages qu’il fallait retrouver en animation. Sur le plan de la teneur du récit, vous disiez effectivement qu’il s’agit d’une histoire qui s’adresse à un lectorat plus mature, tout en s’inscrivant dans l’héritage du Shonen Jump, c’est-à-dire des mangas destinés à un jeune lectorat masculin. Il me semblait donc important, pour cette adaptation animée, de mêler ces deux qualités : celle de s’adresser à un jeune lectorat, et celle d’une histoire qui parle aussi à un lectorat plus mature. En ce qui concerne le dessin de Monsieur Suzuki, il se caractérise par un trait très séduisant, aussi bien pour les personnages masculins que féminins, ainsi que par cette énergie brûlante propre aux récits pour jeunes garçons. Cela a donc pris du temps de sélectionner le character designer, et nous sommes finalement tombés d’accord sur le fait que c’était la bonne personne pour l’animé.

Pour Yoji Ueda : Vous prêtez votre voix à Rago, le mononoke en forme de chat noir dans BLACK TORCH. Comment avez-vous construit cette voix, entre le côté animal et la dimension surnaturelle du personnage ?
Yoji Ueda : Parmi les directives que j’ai reçues du directeur du son sur le plateau, j’avais d’abord abordé ce personnage comme un monsieur d’un certain âge, avec un tempérament plutôt familier. Le directeur du plateau m’a alors dit de ne pas oublier qu’il y a aussi cet autre aspect, celui du pouvoir supérieur propre à cette créature. Il y a donc deux échelons dans l’ensemble : avoir une certaine dignité dans mon interprétation tout en préservant le côté accessible et personnel de Rago.Il y a également des moments dans la série où Rago doit faire appel à ses capacités surnaturelles, où il puise dans cet autre aspect de sa personnalité. Dans ces séquences-là, j’avais souvent en face de moi des doubleurs d’une très grande puissance vocale , c’était vraiment impressionnant. Il fallait donc que je sois à la hauteur, que je ne me laisse pas emporter par cet impact. Je suis allé chercher au plus profond de moi cette énergie pour pouvoir y faire face, avec un personnage comme Rago, qui est d’un âge millénaire.
Pour Yoji Ueda : Vous avez déjà interprété des personnages très marquants comme Robert E.O. Speedwagon dans JoJo’s Bizarre Adventure ou plus récemment un rôle dans Gachiakuta. Qu’est-ce qui différencie votre approche pour un personnage comique ou secondaire comme Dekapan (Mr. Osomatsu) par rapport à un rôle comme Rago ?
Yoji Ueda : Ce qui détermine l’importance d’un personnage, c’est quelque chose que détermine le scénario. La question qui se pose pour moi, en tant que comédien vocal, c’est comment me confronter à ce scénario pour l’interprétation du personnage.Sur cette série, il y a de très nombreux doubleurs d’un très grand niveau qui participaient au projet. Face à eux, dans ce contexte, pour incarner cette énergie mystique, j’avais besoin d’affirmer la présence du personnage. Je me disais que si j’interprétais le personnage dans la même direction que ce que mettaient en place les uns et les autres, ça ne fonctionnerait pas. J’ai donc essayé d’incarner un personnage qui impressionne le spectateur à travers toutes sortes de petites touches, d’éléments répartis çà et là, de manière à entraîner le spectateur et à instaurer une certaine familiarité avec ce personnage précis, qui joue un rôle central.

Pour Kei Umabiki : Le personnage de Rago, le mononoke en forme de chat noir, semble central à l’alchimie de la série. Quelles indications avez-vous données à Yoji Ueda pour construire cette voix, et qu’est-ce qui rend ce personnage si important à vos yeux ?
Kei Umabiki : Le personnage de Rago est un être qui a vécu plus de mille ans et qui, durant tous ces siècles, a été témoin de l’histoire humaine. Il connaît donc bien le monde des hommes, et possède lui-même un côté qui le rapproche de l’humanité. Que ce soit avec Jiro ou avec les autres personnages du récit, il était important pour moi et c’est une chose que j’ai partagée avec le directeur du plateau que Rago ne soit pas simplement un être surnaturel qui surplombe les autres, fort de son caractère supérieur, mais qu’il puisse, au fur et à mesure, grâce à cette facette un peu humaine de sa personnalité, entrer dans un partage beaucoup plus profond, un lien d’amitié, une véritable alchimie avec celui qui devient pour lui un compagnon essentiel. Et réussir ainsi à créer une proximité entre les deux personnages, grâce à cette facette plus humaine de Rago.


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