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Une Femme de Shôwa : Le destin hors norme d'une orpheline devenue cheffe de gang !

Une Femme de Shôwa : Le destin hors norme d’une orpheline devenue cheffe de gang !

Figure de proue du label Sensei chez Kana, Kazuo Kamimura continue d’être redécouvert par le lectorat français à travers des œuvres marquantes du gekiga japonais. Une Femme de Shôwa (Shôwa Ichidai Onna) en est un nouvel exemple : un récit à quatre mains, coécrit avec Ikki Kajiwara, scénariste déjà connu pour avoir donné vie au célèbre Ashita no Joe. Publiée initialement en 1977-1978 dans le magazine Apache, cette œuvre de 260 pages retrace le destin de Shôko Takano, une femme née sous l’ère Shôwa dans un Japon dévasté par la Seconde Guerre mondiale. Un récit de survie et de lutte contre les injustices qui s’inscrit dans la continuité des grandes fresques historiques et sociales chères à Kamimura, teinté d’une dimension particulière : celle d’une œuvre restée inachevée suite à l’arrêt brutal de la revue qui la publiait, sans que cela n’entame sa force narrative.

Une Femme de Shôwa retrace le destin de Shôko Takano, née dans un Japon détruit par la Seconde Guerre mondiale, fille d’une des plus belles geishas du quartier de Yanagibashi et d’un opposant politique. Orpheline après avoir perdu sa mère dans les bombardements, la jeune femme va connaître un parcours de vie aussi tumultueux et marqué par les bouleversements de son époque : après avoir grandi dans l’adversité de l’immédiat après-guerre, elle devient tour à tour cheffe de gang, puis geisha à son tour, suivant ainsi les traces de sa mère tout en forgeant sa propre voie.À travers cette trajectoire hors norme, Kamimura et Kajiwara dressent le portrait d’une femme confrontée aux abus de pouvoir de son temps, mais qui ne cesse jamais de lutter pour sa liberté et sa survie, tout en défendant les plus faibles autour d’elle. Le récit, initialement prévu pour être plus long, s’est retrouvé interrompu par la disparition précoce du magazine qui le publiait, ce qui confère à cette œuvre une fin ouverte et symbolique, sans pour autant nuire à la force du portrait dressé de son héroïne sur les pages qui nous sont parvenues.

Une Femme de Shôwa s’inscrit pleinement dans la lignée des grandes œuvres de Kazuo Kamimura, cet auteur trop tôt disparu dont Kana continue de faire découvrir la richesse du travail au public français. L’association avec Ikki Kajiwara, scénariste du célèbre Ashita no Joe, apporte une dimension supplémentaire au récit : celle d’un mélodrame social puissant, porté par le destin hors norme de Shôko Takano, dont le parcours (de l’orpheline à la cheffe de gang, puis à la geisha) permet de traverser plusieurs strates de la société japonaise de l’immédiat après-guerre. Le trait de Kamimura, toujours aussi expressif et chargé d’émotion, sert magnifiquement ce récit de lutte pour la survie et la dignité.

Le format inachevé de l’œuvre, conséquence directe de l’arrêt prématuré du magazine qui la publiait, pourrait constituer un frein pour certains lecteurs en quête d’un récit parfaitement bouclé. Pourtant, loin de desservir l’ensemble, cette conclusion abrupte mais symbolique renforce paradoxalement la force du portrait dressé : celui d’une femme dont l’histoire, à l’image de celles de nombreuses figures oubliées de cette époque, mérite d’être racontée même de manière fragmentaire.

Lectrices assidue depuis très longtemps qui lit de tout ! Je lis aussi du Webtoon ! 🫶