[Chronique Serie] From !
Découvre notre chronique de la série From ! From plonge les spectateurs au cœur d’une ville mystérieuse qui emprisonne tous ceux qui y pénètrent. Alors que les résidents cherchent désespérément une issue, ils doivent aussi faire face aux menaces cachées qui se manifestent dès le coucher du soleil.
From est une série américaine créée par John Griffin, diffusée depuis 2022 sur MGM+ (et disponible en France sur Paramount+ et Canal +). Tout commence sur une route déserte au milieu des bois : un arbre entrave le passage, le conducteur prend un détour jusqu’à une petite ville, et après l’avoir traversée, il retrouve le même arbre, puis la même ville sans pouvoir en sortir.C’est le piège dans lequel tombe la famille Matthews , Jim, Tabitha et leurs enfants Julie et Ethan ainsi qu’un certain Jade, qui se retrouvent sans cesse renvoyés dans cette bourgade aux bâtiments datés, où d’autres habitants ont été piégés avant eux. La nuit venue, des créatures cauchemardesques apparaissent et massacrent tous ceux qui croisent leur chemin, à moins d’être enfermés à l’intérieur avec un talisman accroché au mur.Pour tenir, les survivants s’organisent en deux communautés, encadrés notamment par Boyd Stevens, le shérif interprété par Harold Perrineau, qui tente de maintenir l’ordre et de protéger les résidents face à la peur et à la claustrophobie ambiantes. Au fil des saisons, la mythologie s’épaissit : des enfants lugubres répètent des mots incompréhensibles, des visions hantent les personnages, et une figure centrale et menaçante se dévoile.

From est une série qui parvient à faire quelque chose de rare : maintenir une tension permanente sans jamais vraiment montrer toutes ses cartes, créant une atmosphère oppressante et addictive dès les premières minutes. Ce qui la rend véritablement remarquable, c’est la façon dont elle combine plusieurs genres à la fois , le survival horrifique, le drame familial, le mystère surnaturel , sans que rien ne paraisse forcé ou décousu. Chaque personnage est écrit avec une vraie profondeur psychologique, avec ses propres blessures et motivations, ce qui fait qu’on s’attache à eux bien au-delà du simple cadre horrifique. L’ambiance visuelle et sonore est soignée, instaurant un malaise constant qui ne repose pas uniquement sur les jumpscares mais sur quelque chose de bien plus insidieux : la sensation que cette ville cache une logique interne cohérente et terrifiante, que les personnages et le spectateur ne comprennent qu’à moitié. C’est précisément ce sentiment de mystère maîtrisé, où chaque réponse ouvre trois nouvelles questions, qui distingue From d’une simple série d’horreur : on a l’impression que les créateurs savent exactement où ils vont, ce qui donne envie de les suivre jusqu’au bout.

Le casting de From est dominé sans conteste par Harold Perrineau, qui incarne Boyd Stevens, le shérif autoproclamé et maire de la ville , un rôle taillé sur mesure pour un acteur de sa trempe. Déjà connu pour son interprétation de Michael Dawson dans Lost et d’Augustus Hill dans Oz, Perrineau confirme ici qu’il est l’un des acteurs les plus sous-estimés de sa génération, récompensé pour ce rôle aux Saturn Awards du meilleur acteur dramatique deux années consécutives, en 2024 et 2025. À ses côtés, on retrouve Catalina Sandino Moreno dans le rôle de Tabitha Matthews, Eion Bailey en Jim Matthews, David Alpay en Jade, et Elizabeth Saunders en Donna , une galerie de personnages secondaires tous remarquablement bien écrits et interprétés, sans qu’aucun ne semble sacrifié au profit des autres. La série brille justement par l’équilibre de son ensemble : pas de star écrasante qui volerait la vedette, mais un vrai travail de troupe où chaque acteur contribue à l’atmosphère.

Les influences de From sont à la fois évidentes et revendiquées, et elles forment un cocktail particulièrement savoureux. La série s’inscrit dans la tradition des romans de Stephen King, avec cette obsession pour les petites villes américaines qui vous hantent et qui cachent toutes quelque chose de profondément mystérieux , on pense immédiatement à Ça, Shining ou Under the Dome, cette façon kingienne de piéger des personnages ordinaires dans un cadre géographique qui devient progressivement une prison mentale. Mais l’influence la plus directe reste Lost : Jeff Pinkner et Jack Bender, qui faisaient tous deux partie de la famille créative de la série de JJ Abrams, ont explicitement voulu tirer les leçons de cette expérience pour améliorer les fondamentaux qu’ils avaient tissés dans Lost, notamment en construisant une mythologie plus solide dès le départ. D’ailleurs, Jack Bender a confié que lors de son premier appel avec Griffin, ce dernier a parlé pendant quarante minutes des détails de la ville, signe qu’il avait déjà un univers extrêmement travaillé en amont , ce qui tranche radicalement avec la réputation de Lost, souvent accusé d’avoir avancé sans plan clair. Enfin, la série bénéficie d’une reconnaissance inattendue mais éloquente : Stephen King lui-même a publiquement pressé ses fans de regarder From, déclarant simplement « c’est flippant » , ce qui constitue probablement le meilleur label d’authenticité possible pour une œuvre qui se réclame ouvertement de son héritage.



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