[Chronique Manhua] 1661 – Koxinga Z
Après avoir marqué les esprits avec Ichthyophobia, œuvre contemplative et muette qui explorait la phobie des poissons avec une intensité visuelle rare, le mangaka taïwanais Li Lung-chieh change radicalement de registre avec 1661 – Koxinga Z. Ce one-shot, édité en France par Nazca Editions le 8 février 2023, délaisse l’introspection silencieuse au profit d’un récit historique nerveux et spectaculaire, revendiquant une inspiration assumée au film 300.

L’édition française de 1661 – Koxinga Z est assurée par les éditions Nazca, qui publient ce one-shot le 8 février 2023 en grand format, au prix de 9,50 €. Le manhua compte 304 planches en noir et blanc, et s’inscrit dans le catalogue seinen de l’éditeur, qui avait déjà fait découvrir Li Lung-chieh au public français avec Ichthyophobia. Nazca capitalise sur cette précédente collaboration pour proposer un titre au ton radicalement différent, plus nerveux et spectaculaire, tout en valorisant la reconnaissance internationale de l’œuvre, primée au 12ᵉ Japan International Manga Award , un argument de poids pour un éditeur de taille modeste mettant en avant la qualité de son catalogue.

À la fin du XVIIe siècle, alors que la Compagnie des Indes orientales a étendu son emprise sanglante sur la moitié du globe, une force armée débarque au sud de Formose (l’actuelle Taïwan) en 1661. Frederick Coyett, dernier gouverneur néerlandais de l’île, doit faire face à vingt-cinq mille soldats chinois menés par Koxinga, jeune loyaliste Ming et fils de pirate bien décidé à fonder son propre royaume. Entre le pasteur, Coyett qui devient gouverneur au fil du récit, Faet et Koxinga lui-même, chaque personnage façonne à sa manière une intrigue où les tensions montent inexorablement vers un affrontement inévitable. Porté par une mise en scène épique assumant son inspiration au film 300, ce one-shot transforme un épisode réel de l’histoire taïwanaise en une lutte tragique pour l’autodétermination et la libération de l’oppression coloniale.

Un vrai coup de cœur graphique. Le trait de Li Lung-chieh est puissant, les scènes de bataille sont impressionnantes et donnent une vraie sensation d’ampleur, presque cinématographique. On sent clairement l’inspiration du film 300, avec des planches qui jouent à fond la carte du spectaculaire.

Le format one-shot est un vrai plus : pas besoin de suivre une longue série, l’histoire est complète et se dévore en une seule lecture. Certains passages demandent un peu de concentration, notamment pour bien suivre les enjeux historiques, mais l’ensemble reste accessible même sans connaître l’histoire de Taïwan à l’avance. Un très bon moyen de découvrir un pan méconnu de l’Histoire tout en profitant d’un manhua visuellement soigné et prenant.

Li Lung-chieh est un auteur de manhua taïwanais, déjà connu du public français grâce à Ichthyophobia, une œuvre contemplative et sans dialogue suivant un homme souffrant d’une phobie des poissons, qui avait marqué les lecteurs par sa puissance visuelle et son atmosphère introspective. Avec 1661 – Koxinga Z, il change radicalement de registre en s’attaquant à un récit historique et spectaculaire, prouvant une belle polyvalence stylistique. Interviewé par ActuaBD en juillet 2018, il y évoquait notamment les réticences de certains éditeurs face à son travail, jugé atypique par rapport aux codes habituels du manhua , un parti pris qui semble aujourd’hui payer, puisque 1661 – Koxinga Z lui a valu une reconnaissance internationale via le 12ᵉ Japan International Manga Award.
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