Sukima, tome 1 : quand Taïwan et Okinawa se répondent
Comment se reconstruire quand le deuil et une histoire d’amour à sens unique laissent un vide béant ? C’est la question que pose Sukima, nouveau manga de Gao Yan, l’autrice taïwanaise déjà remarquée avec The Song about Green. Entre tranches de vie estudiantines, rencontres marquantes et résonances politiques entre Taïwan et Okinawa, ce premier tome pose les bases d’un récit d’apprentissage aussi intime qu’engagé, porté par un dessin d’une grande finesse.

L’édition française de Sukima est publiée par Casterman dans la collection Sakka, avec une traduction assurée par Alexandre Fournier. Ce premier tome, sorti en librairie le 29 avril 2026, compte 256 pages pour un format manga classique de 15 x 21 cm, au prix de 14,50€. Il est également disponible en version ebook chez Cultura. C’est un choix cohérent pour Casterman, qui poursuit ainsi sa collaboration avec Gao Yan après The Song about Green, déjà édité dans le même label reconnu pour ses mangas d’auteur exigeants.

Après le décès de sa grand-mère, avec qui elle partageait un lien fort, Yang Yang, étudiante taïwanaise marquée par une relation amoureuse à sens unique, quitte Taïwan pour rejoindre la faculté d’arts d’Okinawa dans le cadre d’un échange universitaire. Loin de ses repères, elle s’installe dans une pension aux résidents hauts en couleur et se lie rapidement d’amitié grâce aux gâteaux que sa grand-mère lui avait conseillé d’offrir. Au fil de sa nouvelle vie, elle découvre les nombreux points communs entre son île natale et Okinawa, et commence à s’interroger sur l’engagement, qu’il soit amoureux ou politique, dans un parcours d’apprentissage aussi intime que traversé par les résonances historiques entre les deux territoires.

Une très belle découverte que ce premier tome de Sukima ! Gao Yan nous offre un récit d’apprentissage aussi intime que touchant, porté par Yang Yang, jeune étudiante taïwanaise qui part à Okinawa pour un échange universitaire, tout juste après avoir perdu sa grand-mère. Le deuil, les sentiments non réciproques et le besoin de se reconstruire loin de ses repères habituels sont abordés avec beaucoup de délicatesse.
Le graphisme est vraiment superbe, avec des traits fins et une expression des personnages très réussie. On sent aussi le soin apporté aux résonances entre Taïwan et Okinawa, deux territoires au destin marqué par leur histoire, sans jamais tomber dans le didactisme. Une lecture contemplative et riche, qui donne clairement envie de suivre la suite du parcours de Yang Yang.

Née en 1996 à Taïwan, Gao Yan nourrit très tôt une fascination pour le Japon. Diplômée de la National Taiwan University of Arts, elle débute sa carrière comme illustratrice pour des éditeurs taïwanais et japonais avant de se lancer dans le manga avec The Song about Green, dont la première version auto-éditée de seulement 32 pages attire l’attention de Haruki Murakami, qui lui propose ensuite d’illustrer la couverture d’un de ses livres. Portée par ce soutien inattendu, elle développe son récit jusqu’à 500 pages, publiées simultanément à Taïwan et au Japon en 2022, avant son arrivée en France chez Casterman en 2025. Avec Sukima, elle confirme un parcours singulier à la croisée du manga et du manhua, mêlant sensibilité intime et conscience politique, et s’impose comme l’une des voix montantes du manga d’auteur taïwanais.

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