Dans Les filles d’Awajima, Takako Shimura ne s’intéresse pas seulement à ce qui se passe sous les projecteurs, mais surtout à tout ce qui se joue avant le lever de rideau. Ce troisième tome prolonge cette approche avec beaucoup de finesse : on y retrouve les répétitions, la fatigue, les doutes, et cette pression permanente de devoir se montrer à la hauteur. L’autrice choisit de raconter la vie de ces jeunes élèves comme une suite de petites scènes, parfois drôles, parfois plus dures, qui forment peu à peu un tableau très complet de leur quotidien. Cette façon de faire donne au récit une vraie douceur, mais aussi une grande sincérité, car elle laisse de la place à chaque personnage sans jamais les juger. Le dessin, délicat et expressif, accompagne parfaitement cette ambiance, avec des visages qui disent souvent bien plus que les mots. C’est le genre de lecture qui prend son temps, mais qui laisse une trace une fois le livre refermé.

À l’école des arts de la scène d’Awajima, toutes les élèves partagent le même rêve : intégrer un jour la troupe d’élite liée à la célèbre revue. Dans ce tome 3, Mikako et Saori ont décroché le même personnage pour le spectacle de fin d’année, ce qui aurait pu les rapprocher. Mais jouer le même rôle ne veut pas dire suivre le même chemin, et leurs trajectoires commencent peu à peu à diverger. Entre les répétitions qui s’enchaînent, les comparaisons inévitables et les choix qu’il faut faire pour avancer, chacune doit se demander ce qu’elle veut vraiment, et ce qu’elle est prête à laisser derrière elle pour y parvenir. Dans cette école où les rôles les plus convoités laissent peu de place à l’hésitation, l’amitié, l’ambition et la peur de décevoir se mêlent sans cesse.

J’ai beaucoup aimée ce tome 3, parce qu’il montre une facette de l’univers du spectacle qu’on voit rarement : celle des élèves qui doutent, qui se comparent et qui avancent comme elles peuvent. L’idée de mettre Mikako et Saori face au même rôle est très bien trouvée, car elle permet de montrer deux manières différentes de vivre la même épreuve. L’une peut être portée par la passion, l’autre par la peur de ne pas être à la hauteur, et on comprend très bien les deux. Shimura ne cherche jamais à dire qui a raison ou qui a tort, et c’est ce qui rend les personnages si attachants. J’ai aussi trouvé très touchant de voir à quel point l’amitié et la rivalité peuvent se mélanger, au point qu’on ne sait plus très bien où l’une s’arrête et où l’autre commence. Ça donne des moments tendres, des moments plus durs, mais toujours des moments très vrais.

Ce que j’aime aussi dans cette série, c’est son ambiance. L’école d’Awajima fait penser à ces grandes revues théâtrales féminines du Japon, avec leurs traditions, leurs rôles très codifiés et leur exigence, et l’autrice s’en sert pour parler de sujets bien plus larges : la place qu’on trouve dans un groupe, la pression de réussir, l’envie de se faire remarquer sans écraser les autres. Le dessin de Shimura est très élégant, et j’ai adoré la façon dont elle fait passer les émotions avec un simple regard, un sourire un peu forcé ou une posture qui change. Les scènes de répétition sont vivantes, on sent l’effort derrière chaque geste, et ça donne envie de voir la suite pour savoir où chacune ira. Si vous cherchez un manga sensible, qui parle de rêves, d’amitié et de passage à l’âge adulte avec beaucoup de justesse, je vous le recommande vraiment.

