Avec Constellations Cruelles, Shinoa raconte des sentiments qu’on n’ose pas dire à voix haute, et ce troisième volume pousse cette idée un cran plus loin. Ici, pas de grands éclats ni de scènes spectaculaires : tout se joue dans un regard qui s’attarde, une phrase qu’on avale au dernier moment ou un silence un peu trop long. L’autrice prend le temps d’installer ses personnages, de les laisser douter et de montrer à quel point il est difficile de rester fidèle à soi-même quand on tient à quelqu’un. Le dessin accompagne très bien cette ambiance, avec des cadrages soignés et une mise en scène qui laisse beaucoup de place aux émotions. C’est une lecture calme en apparence, mais qui touche vraiment à l’intérieur.

Fuyuki, Eri et Kyô, amis d’enfance désormais étudiants, se préparent à partir pour le stage d’été de leur club de cinéma. Le départ approche et l’ambiance devrait être joyeuse, mais ce n’est pas vraiment le cas : chacun garde pour lui des choses qu’il n’arrive pas à dire. Entre l’amour que l’on cache, l’amitié qu’on veut protéger et la peur de blesser les autres, les liens qui unissent le trio deviennent de plus en plus fragiles, et ce voyage pourrait bien tout bousculer.

Ce troisième tome m’a vraiment touché, parce qu’il montre à quel point il peut être compliqué d’aimer quelqu’un sans abîmer ce qu’on a construit avec lui. Ce que j’apprécie le plus chez Shinoa, c’est qu’elle ne fait de ses personnages ni des coupables ni des victimes. Fuyuki, Eri et Kyô essaient chacun de bien faire, mais ils ont peur de blesser les autres, et c’est justement cette peur qui les pousse à se taire ou à faire des choix qui n’arrangent rien. Du coup, on comprend chacun d’eux, même quand ils se trompent, et on se surprend à vouloir leur parler pour les aider. Les thèmes de l’amitié qui dure depuis l’enfance, de l’amour qu’on garde pour soi et de la dépendance entre deux personnes très proches sont traités avec une grande douceur. J’ai aussi aimée que le récit parle de sentiments qu’on a presque tous ressentis un jour, sans jamais forcer : tout paraît naturel et vrai, et c’est ce qui rend la lecture aussi forte.

Côté dessin et mise en scène, j’ai trouvé le travail vraiment réussi. Shinoa a un vrai talent pour faire passer des émotions avec très peu de choses : une main qui hésite, un regard qu’on évite, une case silencieuse qui dit plus qu’une longue discussion. Les cadrages sont soignés et donnent un rythme calme, qui laisse le temps de ressentir ce que vivent les personnages. J’ai aussi trouvé l’idée du club de cinéma et du stage d’été très agréable, parce qu’elle apporte une ambiance de vacances et de complicité qui contraste joliment avec les tensions entre les trois amis. C’est un tome qu’on lit sans se presser, avec le cœur un peu serré mais le sourire jamais très loin. Si vous aimez les histoires sensibles, qui parlent des relations humaines avec délicatesse et sincérité, je ne peux que vous la recommander.

