Un mariage dans un Paris de la Belle Époque, des dirigeables au-dessus de Notre-Dame et une ambiance gothique qui sort des sentiers battus du webtoon. Tales from Death tient aussi à sa genèse inattendue : le scénario a d’abord été imaginé pour un partenaire coréen qui cherchait des histoires wuxia, avant d’être entièrement transposé en France. Ce changement de décor donne à la série une identité forte, entre fantastique, drame et touche d’horreur. Pour l’occasion, nous avons aussi pu échanger avec ses créateurs.

Anastasie est la dernière héritière d’un empire industriel dans un Paris steampunk. Le jour où elle épouse Jules, l’homme qu’elle aime, un accident près de Notre-Dame met fin à sa vie. Pourtant, elle ne quitte pas vraiment ce monde : son esprit reste attaché aux vivants, avec des pouvoirs qu’elle ne soupçonnait pas. Décidée à retrouver la personne responsable de sa mort, elle se met en chasse. Mais plus elle avance, plus elle découvre que chacun cache ses propres secrets et poursuit ses propres ambitions.

Ce qui m’a séduite en premier, c’est l’ambiance. Un Paris steampunk avec des dirigeables dans le ciel, Notre-Dame et ses gargouilles : le décor est original et on a vraiment envie de s’y promener. Les couleurs, surtout le rouge et le noir, donnent un côté gothique très réussi. Le mélange entre romance et fantastique fonctionne bien, parce que l’histoire commence par un mariage, un moment censé être heureux, avant de basculer dans l’étrange. On sent un vrai travail sur l’atmosphère, avec une touche d’horreur qui reste accessible et qui ne gâche jamais le plaisir de lecture.

Interview avec le studio Myrà :
Question : Comment est née l’idée de Tales from Death ?
Le projet est né début 2025, à la suite d’une demande d’un partenaire coréen qui recherchait des scénarios dans le style wuxia, un genre de fiction chinoise mêlant arts martiaux, aventures et éléments fantastiques. Tales from Death faisait partie d’un ensemble de projets que nous avions développés pour l’occasion, mais cette collaboration n’a malheureusement pas abouti. Quelques mois plus tard, lorsque nous avons constitué notre catalogue de séries à proposer aux éditeurs, nous avons ressorti le scénario des cartons. L’idée de départ nous plaisait toujours, mais nous avons décidé de changer radicalement son cadre. Exit la Chine impériale, place à la France de la Belle Époque !
Question : Pouvez-vous présenter le Studio Myrà ? Qui le compose et comment travaillez-vous ensemble ?
Studio Myrà est une société de communication visuelle que nous avons fondée en 2018 et qui produit des webtoons depuis 2021. À l’origine, l’aventure réunissait davantage de cofondateurs, mais nous ne sommes aujourd’hui plus que deux aux commandes. Dans notre activité de communication visuelle, nous avons une répartition des tâches assez stricte. En revanche, pour les webtoons, nous fonctionnons de manière beaucoup plus souple. L’un peut être scénariste sur une série, puis dessinateur sur la suivante, ou même cumuler les deux fonctions. Nous alternons les rôles en fonction des projets et des besoins de production.
Question : Comment avez-vous imaginé le personnage d’Anastasie ? Quelles qualités et quels défauts vouliez-vous lui donner ?
Anastasie est un personnage assez compliqué, et c’est justement ce qui nous plaît chez elle. Nous avons une façon de travailler un peu particulière. Avant même de commencer à écrire une histoire, nous dessinons les personnages. Leur apparence, leurs expressions ou leur attitude nous donnent souvent les premières pistes pour construire leur personnalité. Sur son tout premier concept, Anastasie affichait déjà cet air arrogant et terriblement satisfaite d’elle-même. Cette expression nous a bien plu, et nous avons finalement construit tout son caractère autour de cette première impression. Anastasie se voit et se comporte comme une princesse. Mais ce n’est pas une posture ou un rôle qu’elle joue : elle est très sincèrement convaincue d’être supérieure aux autres. Elle est orgueilleuse, autoritaire, capricieuse et parfois franchement insupportable. Mais elle possède aussi une détermination à toute épreuve, beaucoup de courage et une certaine franchise, même si celle-ci manque souvent de délicatesse. Enfin, son prénom n’a pas été choisi au hasard. Anastasie est la transcription latine du prénom grecque Anastasia , qui lui même vient du terme biblique Anastasis, qui signifie « résurrection ».

Question : La vengeance est au cœur de la série. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce thème ?
En réalité, ce n’est pas tant le thème de la vengeance qui nous intéresse que celui de l’obstination. Chaque personnage de cette série, que ce soit les principaux ou les secondaires, n’a d’yeux que pour son objectif. Pour l’un, ce sera l’argent, pour l’autre, le statut social, pour un troisième, le besoin d’être aimé, tandis qu’un quatrième cherchera à exercer un contrôle absolu sur son entourage. La vengeance n’est que la conséquence de tous ces désirs qui se heurtent les uns aux autres. Chacun se considère comme la victime d’une injustice et estime donc être parfaitement légitime dans ses actes. Tales from Death, c’est ainsi une succession de vengeances qui s’emboîtent les unes dans les autres, une spirale de rancœurs et de règlements de comptes qui commence dans le monde des vivants et se poursuit jusque dans l’au-delà.
Comment s’est passé le travail avec Glénat et la publication sur Ono ?
La collaboration s’est très bien passée. Nous avons bénéficié d’un véritable accompagnement éditorial de la part de Glénat, ainsi que d’un travail de communication et de promotion appréciable autour de la sortie. Nous avons apprécié de pouvoir développer avec Glénat ce projet un peu à rebours de ce qui se fait dans le webtoon.

