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Saru : L'intégrale de Daisuke Igarashi revient chez Delcourt/Tonkam

Saru : L’intégrale de Daisuke Igarashi revient chez Delcourt/Tonkam

Après Les Enfants de la mer, Petite Forêt et Sorcières, Delcourt/Tonkam poursuit sa redécouverte de l’œuvre de Daisuke Igarashi avec la réédition de Saru, publié à l’origine chez Sarbacane en 2015. C’est un titre à part dans la bibliographie de l’auteur, plus ambitieux dans son décor et plus ésotérique dans son propos, qui avait déjà divisé à sa première sortie. Cette nouvelle édition est donc l’occasion de se refaire un avis, ou de découvrir une œuvre que beaucoup de lecteurs ont peut-être manquée.

Saru s’ouvre sur une question étrange : la fin du monde prédite par Nostradamus n’a pas eu lieu, mais que s’est-il vraiment passé ? L’histoire mélange cette prophétie avec les légendes du roi Singe, un dieu qu’il faut maintenir enfermé pour préserver l’équilibre du monde, notamment grâce à un festival de danse organisé chaque année. Le récit voyage entre les époques, les pays et les croyances, et une partie de l’action se déroule en Europe. Derrière cette trame fantastique, l’autrice met en scène une réflexion sur les anciennes légendes et sur la façon dont la modernité les fait peu à peu disparaître.

Visuellement, c’est un vrai bonheur. Le trait d’Igarashi est d’une grande finesse, ses décors sont d’une précision impressionnante, et certaines doubles pages ont une force qui donne envie de les contempler longtemps. Le sujet est aussi original, avec cette idée de relier un récit de fin du monde à des mythes très anciens, et ce propos sur l’uniformisation des croyances apporte un vrai fond à l’ensemble.

Et même si le récit prend son temps, c’est aussi ce qui fait sa singularité. Saru ne cherche pas à être une aventure rythmée : c’est un manga d’ambiance, qui invite à ralentir, à s’attarder sur les images et à se laisser porter par son univers. Pour ceux qui ont aimé l’atmosphère des autres titres d’Igarashi, c’est une vraie récompense, et le sujet sur les croyances qui disparaissent apporte une profondeur dans le manga. Cette réédition est aussi une belle occasion de retrouver l’ensemble du récit dans un seul livre, et de redonner sa place à une œuvre qui mérite d’être lue au moins une fois, ne serait-ce que pour le plaisir des yeux.

Daisuke Igarashi est un mangaka japonais né en 1969 à Saitama. Il a étudié la peinture à l’huile à l’université d’art Tama, où il a eu Hiroaki Samura comme camarade de classe, puis il a fait ses débuts professionnels en 1993 dans le magazine Monthly Afternoon. Il est reconnu pour sa façon de montrer la nature avec une grande précision, et pour son goût du folklore et des éléments spirituels ou surréalistes, ce qui lui vaut des comparaisons avec les films de Hayao Miyazaki, dont Mon voisin Totoro a d’ailleurs compté dans sa vocation. Il travaille sans assistants et dessine ses décors très détaillés à l’encre et au stylo à bille. Ses séries Sorcières et Les Enfants de la mer, publiées dans Monthly Ikki, ont toutes deux reçu un Prix d’excellence au Japan Media Arts Festival, et Les Enfants de la mer a été adapté en film d’animation par le studio 4°C en 2019. Petite Forêt a aussi eu droit à une adaptation en film live. Saru, publié en 2010 chez Shogakukan, est né d’une collaboration avec le romancier Kōtarō Isaka, dont le roman SOS no Saru est sorti en même temps, les deux œuvres se faisant écho.

Lectrices assidue depuis très longtemps qui lit de tout ! Je lis aussi du Webtoon ! 🫶