Le cap du dixième volume est franchi chez Ki-oon avec ce tome sorti le 5 janvier 2023. Il est vendu 7,95 € au format poche, et à l’époque, 13 tomes étaient parus au Japon, dans une série toujours en cours. Les fans ont aussi pu compter sur une édition collector, qui comprend le tome 10 avec une jaquette alternative et d’autres objets pour mettre en valeur l’univers graphique de la série. Le manga reste signé Itsuki Nanao au scénario et Nekokurage au dessin, d’après les romans de Natsu Hyuuga, et traduit par Géraldine Oudin. Ce dixième tome est aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis les débuts de la série en France, avec un ton qui reste fidèle à ses origines tout en continuant à se renouveler.

Cette fois, Mao Mao doit relever un défi peu ordinaire : pour satisfaire l’émissaire d’un pays étranger, elle doit retrouver une danseuse dont la beauté était telle qu’on la comparait à une déesse de la lune. Le problème, c’est que cette femme est aujourd’hui la tenancière du palais vert-de-gris, et que le temps a laissé des traces sur sa beauté d’autrefois. Mais l’apothicaire ne manque jamais d’idées. Avec ses connaissances, son imagination et un joli sens de la mise en scène, elle prépare un spectacle dont les invités se souviendront longtemps. Le volume revient aussi sur des histoires laissées en suspens, avec des nouvelles d’un projet lancé plus tôt par Mao Mao et des moments plus calmes, où l’on retrouve le quotidien des habitants du palais.

Ce dixième tome est un petit bijou d’ingéniosité, avec une intrigue qui sort des enquêtes habituelles. Ici, il ne s’agit pas de résoudre un crime, mais de redonner de l’éclat à quelqu’un, et j’ai trouvé cette idée à la fois originale et très touchante. Le tome parle de beauté, de fierté, du temps qui passe et de la façon dont chacun peut retrouver sa place grâce à un coup de pouce bien pensé. J’aime beaucoup que la série mette en avant les talents de Mao Mao dans un registre plus créatif, loin des poisons et des enquêtes, tout en gardant son sens de la débrouille. Les thèmes de l’entraide et de la valeur des femmes du palais sont abordés avec finesse, sans jamais être lourds. Le volume revient aussi sur le projet d’alphabétisation lancé par Mao Mao, dans un moment de vie quotidienne très agréable, ce qui montre que la série sait prendre le temps de développer son univers. Les planches de spectacle sont particulièrement réussies, avec de belles mises en scène, et le dessin de Nekokurage met parfaitement en valeur les costumes et les décors de cette cour inspirée de la Chine impériale. .

Du côté des personnages, Mao Mao brille encore par sa débrouillardise et son esprit pratique : elle ne se contente pas de comprendre les problèmes, elle invente des solutions concrètes, ce qui la rend vraiment attachante. La tenancière du palais vert-de-gris gagne en profondeur, et on comprend mieux ce qu’elle a vécu et ce qu’elle porte en elle. Les personnages secondaires continuent de s’épaissir tome après tome, et chaque petit rôle donne l’impression d’un monde vivant et bien construit. Les clins d’œil à des histoires passées font plaisir aux lecteurs fidèles, tout en laissant le volume agréable à suivre. C’est un tome qui allie élégance, humour et émotion, et qui donne envie de voir ce que Mao Mao inventera ensuite.

