Cacher son talent pour survivre, c’est un défi que peu d’héroïnes de manga relèvent aussi mal que Mao Mao. Dès les premières pages, on comprend que cette jeune fille a deux passions : les remèdes et les poisons, qu’elle goûte parfois sans trop réfléchir aux conséquences. Cette série mélange avec habileté le suspense, l’enquête et la reconstitution historique, dans un décor qui rappelle la Chine ancienne. Le palais est un lieu magnifique, mais on y sent la tension à chaque couloir, entre rivalités, secrets et apparences à garder. Le ton reste pourtant léger par moments, grâce à une héroïne au caractère franc et à quelques scènes très drôles. Ce premier tome pose les bases d’une série qui a conquis beaucoup de lecteurs, et on comprend vite pourquoi.

Mao Mao a grandi auprès d’un apothicaire du quartier des plaisirs, qui lui a transmis son savoir sur les plantes, les remèdes et les poisons. Un jour, elle est enlevée et vendue comme servante dans le quartier des femmes du palais impérial, un monde coupé du reste du pays par de hauts murs. Pour y survivre au milieu des complots, elle décide de cacher ses connaissances et de se faire oublier. Mais quand la mort mystérieuse de jeunes princes inquiète toute la cour, sa curiosité reprend le dessus. Son talent attire alors l’attention de Jinshi, un haut fonctionnaire aussi séduisant que calculateur, qui lui confie une nouvelle place bien plus exposée.

J’ai adoré l’héroïne de ce premier tome. Mao Mao n’a rien de la jeune fille timide qu’on pourrait attendre dans un palais : elle est directe, un peu sarcastique, et complètement passionnée par son sujet. C’est ce qui rend l’histoire si agréable à lire, parce qu’on rit de ses réactions tout en suivant ses raisonnements, qui ressemblent à de vraies petites enquêtes. J’ai aussi aimé la manière dont le récit parle de la place des femmes dans ce monde, où elles sont enfermées dans un univers dirigé par les hommes et doivent se débrouiller avec leurs armes : l’intelligence, le savoir et le sens de l’observation. Le thème du poison est traité avec curiosité plutôt qu’avec noirceur, et on apprend plein de choses sur les plantes et la médecine de l’époque sans jamais s’ennuyer.

Le dessin de Nekokurage joue aussi beaucoup dans le plaisir de lecture. Les costumes, les coiffures et les décors du palais sont magnifiques, et ils donnent vraiment envie de se perdre dans cet univers inspiré de la Chine impériale. Les expressions de Mao Mao, très changeantes, apportent aussi une touche d’humour bienvenue. Et puis il y a Jinshi, dont on ne sait pas bien s’il est un allié ou un danger, et cette relation naissante donne envie d’en savoir plus. C’est un premier tome qui se lit tout seul, qui met en place une ambiance unique et qui laisse envie de continuer l’aventure.

