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Le Cœur de Thomas : Akata réédite un monument du shôjo

Le Cœur de Thomas : Akata réédite un monument du shôjo

Certains mangas ont une aura à part, et Le Cœur de Thomas en fait clairement partie. Pendant longtemps, les lecteurs français ont dû se contenter d’en entendre parler, ou de chercher un exemplaire d’occasion hors de prix. Cette œuvre est pourtant considérée comme l’un des piliers du shôjo moderne. Elle a ouvert la voie à des histoires plus profondes, plus sensibles, et a influencé de nombreux auteurs, notamment dans le boys love. Son retour dans les librairies est donc bien plus qu’une simple réédition : c’est l’occasion pour une nouvelle génération de lecteurs de découvrir un texte fondateur, et pour les fidèles de le redécouvrir avec un œil neuf.

Au pensionnat de Schlotterbetz, en Allemagne, la vie suit son cours jusqu’au jour où Thomas Werner, un élève adoré de tous, est retrouvé mort. Il laisse derrière lui une lettre adressée à Juli, un garçon un peu plus âgé que lui, réservé et distant. Alors que l’école tente de comprendre ce qui s’est passé, un nouvel élève arrive et ressemble étrangement à Thomas. Sa présence va bousculer Juli et raviver des sentiments qu’il gardait enfouis. Entre secrets, regrets et rencontres inattendues, chacun va devoir faire face à son passé.

Le point fort du Cœur de Thomas, c’est sa façon de raconter les sentiments sans jamais forcer le trait. L’histoire avance doucement, en laissant de la place aux silences et aux regards. Au départ, on peut se sentir un peu perdu devant le nombre de personnages, mais chacun trouve peu à peu sa place et son importance. Juli est le cœur du récit : fermé, blessé, il est tiraillé entre ce qu’il ressent et ce qu’il s’autorise à montrer. Autour de lui, les autres élèves ont tous leurs failles, leurs espoirs et leurs secrets, ce qui rend le groupe très crédible. Le récit prend de l’ampleur quand les émotions se dévoilent, et on finit par ne plus pouvoir lâcher le livre.

L’univers du pensionnat joue aussi un rôle essentiel. Les dortoirs, les couloirs, la chapelle, les hivers glacés : tout donne une ambiance à la fois belle et pesante, qui colle parfaitement au propos. Moto Hagio dessine des visages très expressifs et sait faire passer une émotion en une seule case. Le thème de la foi apporte une vraie profondeur, en posant des questions simples mais fortes sur l’amour, la faute et le pardon. Malgré son âge, le manga reste étonnamment actuel. On y trouve aussi de beaux bonus : les pages en couleur d’origine et deux courtes histoires liées à la série, qui prolongent l’univers avec plaisir.

Moto Hagio est née en 1949 dans la préfecture de Fukuoka, au Japon. Elle débute sa carrière de mangaka à la fin des années 1960 et devient vite l’une des figures majeures du shôjo. Elle fait partie du célèbre « Groupe de l’an 24 », un ensemble d’autrices nées autour de 1949 qui ont profondément renouvelé le genre en abordant des thèmes plus adultes et plus intimes. Parmi ses titres les plus connus, on trouve Le Clan des Poe, They Were Eleven, Barbara : l’entre-deux mondes, Une infinité de jours et de nuits, Leo et Fragments d’espoir, plusieurs d’entre eux étant publiés en France par Akata. Elle a aussi écrit Éric ou l’été des quatorze ans et demi, qui prolonge l’histoire du Cœur de Thomas. Son travail lui a valu de nombreuses distinctions au Japon, dont le prix Shôgakukan dans les années 1970, et elle est aujourd’hui reconnue comme une pionnière dont l’influence se ressent encore chez les autrices et auteurs d’aujourd’hui.

Lectrices assidue depuis très longtemps qui lit de tout ! Je lis aussi du Webtoon ! 🫶