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[Chronique Manga] Yasha : Tome 01 !

[Chronique Manga] Yasha : Tome 01 !

Difficile de parler de Yasha sans évoquer d’abord l’ombre de Banana Fish. Un an à peine après avoir conclu son œuvre culte, Akimi Yoshida lançait cette nouvelle série au Japon, en 1996, dans les pages de Betsucomi avant qu’elle ne rejoigne le magazine Flowers. Sans être une suite, Yasha évolue dans le même univers et reprend certaines obsessions de l’autrice, tout en explorant des thématiques qui lui sont propres. Menée jusqu’à son terme en 2006 en douze tomes, la série a été récompensée par le prestigieux Prix du manga Shôgakukan, confirmant le statut d’Akimi Yoshida comme l’une des grandes voix du josei. Publiée en France par Panini sous la forme d’une Perfect Edition, cette republication était attendue de longue date par les fans de la première heure de la mangaka.

En France, Yasha paraît chez Panini sous forme de Perfect Edition, dans un format grand luxe qui reprend les codes déjà utilisés pour Banana Fish : une couverture rouge avec une spirale d’ADN en sur-impression vernie, accompagnée d’un marque-page à l’effigie de Sei et d’un texte d’introduction faisant le lien entre les deux séries . Ce tome 1 regroupe l’équivalent de deux tomes japonais, pour un total de 384 pages, et se positionne autour de 17€. Un choix éditorial qui traduit la volonté de Panini de proposer une édition événementielle, à la hauteur de l’attente des lecteurs qui espéraient depuis longtemps découvrir cette œuvre en français.

Sur l’île isolée d’Ogami, à Okinawa, le jeune Sei Arisue mène une existence paisible aux côtés de sa mère, jusqu’à ce qu’une nuit tragique vienne tout bouleverser : elle est abattue sous ses yeux avant qu’il ne soit lui-même enlevé par un mystérieux groupe armé. Six ans plus tard, Sei se retrouve aux États-Unis, exploité par les laboratoires du puissant groupe pharmaceutique Neo Genesis, qui a orchestré son kidnapping pour exploiter son intelligence hors norme et ses sens surdéveloppés. Devenu un scientifique de génie reconnu dans le monde entier, il est renvoyé sur son île natale pour y mener des recherches sur un nouveau virus, sans se douter que cette mission va le replonger dans son passé et lui permettre de découvrir la vérité sur ses origines.

Yasha s’ouvre sur un postulat qui rappelle immédiatement Banana Fish, et Akimi Yoshida ne s’en cache pas : on retrouve cette même tension entre intelligence exceptionnelle et vulnérabilité, ce même goût pour les personnages broyés très jeunes par des systèmes qui les dépassent.

Mais l’autrice ne se contente pas de recycler une formule qui a marché. Elle la déplace vers un terrain différent : ici, ce n’est plus la drogue et la criminalité urbaine qui structurent le récit, mais la génétique, la manipulation du vivant et les dérives d’une science mise au service du profit. Le choix n’est pas anodin, il inscrit Yasha dans une réflexion plus large sur ce que l’humain est prêt à sacrifier, chez lui-même ou chez les autres, au nom du progrès.

Ce qui frappe surtout dans ce premier tome, c’est la manière dont Yoshida construit son intrigue par couches. Rien n’est donné d’un bloc : les informations arrivent au compte-gouttes, les personnages en savent toujours un peu plus que le lecteur, et cette rétention crée un sentiment de complot permanent, presque suffocant. On sent que chaque scène anodine peut receler un indice, ce qui pousse à une lecture attentive, presque méfiante. C’est une intrigue qui demande de la patience, mais qui récompense cette patience par une sensation grandissante que tout est lié, que rien n’est laissé au hasard.

Lectrices assidue depuis très longtemps qui lit de tout ! Je lis aussi du Webtoon ! 🫶