[Chronique Manga] Basara – Tome 01 !
Il y a des mangas qui traversent les décennies sans prendre une ride, et Basara en fait clairement partie. Signée Yumi Tamura, cette œuvre culte du shôjo post-apocalyptique a marqué toute une génération de lectrices et lecteurs au Japon avant de conquérir la France. Réédité aujourd’hui, ce premier tome est l’occasion parfaite de (re)découvrir une saga aussi ambitieuse qu’intemporelle, portée par une plume qui n’a rien perdu de sa force.

Basara, shôjo culte de Yumi Tamura publié au Japon de 1990 à 1998, est arrivé en France chez Kana en 2001 , il s’agissait d’ailleurs du tout premier shôjo publié par cet éditeur avec une édition initiale de 27 tomes qui a mis du temps à trouver son public, en partie à cause de couvertures françaises jugées peu représentatives du travail graphique original. La série est revenue au catalogue de Kana sous forme de « Star Edition » au format 15x18cm mais avec un découpage revu, réduisant le nombre de volumes à 16.

Dans un Japon ravagé par l’apocalypse et tombé sous le joug d’un roi tyrannique, une prophétie annonce la naissance d’un « enfant élu » capable de changer le destin du pays : au village de Byakko naissent des jumeaux, Tatara et Sarasa, et c’est Tatara qui est désigné comme le messie. Mais lorsque celui-ci est tué par le redouté Roi Rouge, Sarasa décide de dissimuler sa mort et de reprendre secrètement son identité pour devenir, à sa place, le symbole de la rébellion contre la tyrannie. Au fil de son périple à travers le pays, elle rencontre Shuri, dont elle tombe amoureuse sans savoir qu’il n’est autre que le Roi Rouge lui-même , un amour puissant naît alors entre les deux jeunes gens, ignorant qu’ils sont en réalité des ennemis jurés destinés à s’affronter. Mêlant aventure, intrigues politiques et romance tragique, Basara déploie une vaste fresque post-apocalyptique portée par la force de ses personnages, un sous-texte féministe et la puissance narrative propre à Yumi Tamura.

J’ai découvert Basara un peu par hasard, curieuse de voir ce qui a fait sa réputation de classique du shôjo d’aventure, et je dois dire que ce premier tome m’a immédiatement happée. Dès les premières pages, Yumi Tamura pose les bases d’un monde post-apocalyptique désolé mais fascinant, où la violence et la survie côtoient une émotion à fleur de peau. Le twist initial , la mort de Tatara, l’élu désigné par la prophétie, et la décision de sa sœur Sarasa de prendre sa place en secret est un choix narratif audacieux qui donne immédiatement au récit une gravité et une urgence dans le genre.

Ce qui frappe surtout, c’est le refus du cliché : Tamura n’édulcore rien, que ce soit la brutalité du monde qu’elle dépeint ou la complexité de ses personnages. Sarasa n’est pas une héroïne parfaite, elle doute, elle souffre, elle porte un fardeau immense, et c’est précisément ce qui la rend attachante. Le dessin, un peu daté et parfois brouillon dans certaines scènes d’action, reste secondaire face à la force du découpage et à l’intensité dramatique qui se dégage de chaque planche.

Seul bémol pour ce premier tome : la mise en place, bien que nécessaire, prend un peu de temps avant de vraiment décoller, et certains lecteurs habitués à des rythmes plus soutenus pourraient trouver le début un peu lent. Mais c’est un mal pour un bien : on sent que Tamura construit patiemment une saga ambitieuse, et l’alchimie naissante entre Sarasa et Shuri, teintée d’une ironie tragique que le lecteur perçoit avant les personnages eux-mêmes, promet une romance aussi belle que douloureuse. Un excellent point de départ pour une fresque qui s’annonce marquante.

Yumi Tamura est une autrice japonaise de manga, figure majeure du shôjo et du josei, qui a débuté sa carrière en 1983 après quelques histoires courtes. C’est avec Basara, son premier grand succès publié entre 1990 et 1998, qu’elle s’impose véritablement, avant d’enchaîner avec d’autres séries emblématiques explorant des genres très variés : la science-fiction post-apocalyptique avec 7 Seeds (2001-2017), mais aussi des récits plus ancrés dans le réel comme Wild.com, ou encore le polar avec Don’t Call It Mystery. Cette polyvalence est justement l’une de ses marques de fabrique : loin de se cantonner à un registre unique, elle aime naviguer entre fantasy, tranches de vie et intrigues policières, tout en conservant une écriture reconnaissable portée par des personnages profonds, une forte sensibilité dramatique et un sous-texte souvent féministe. Considérée aujourd’hui comme une immense figure du manga japonais, son œuvre continue d’être redécouverte en France à travers les rééditions récentes de ses classiques.
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