Dix ans après sa disparition, Jirô Taniguchi continue de nous parler. Ce recueil rassemble des histoires restées inachevées, ce qui lui donne un goût très particulier : celui d’un adieu en douceur. Pour les amoureux de son œuvre, c’est un rendez-vous qu’on n’a pas envie de manquer.

Dans ce recueil, Taniguchi s’empare de la figure de Lafcadio Hearn, un écrivain voyageur passionné par le Japon et ses histoires de fantômes. Le premier récit, Quelque part, joue sur la marche et la rêverie, avec ce goût de la déambulation qui a fait la réputation de l’auteur. Les autres histoires rassemblées dans le livre plongent à leur tour dans le monde des spectres japonais, à travers des adaptations de grands auteurs.

On retrouve dans Invitations ce qui rend Taniguchi si précieux : une façon de regarder le monde sans se presser, avec une tendresse pour les détails de tous les jours. Ici, les fantômes ne sont pas là pour faire peur. Ils glissent plutôt dans le décor comme des souvenirs, et l’atmosphère reste douce, un peu mélancolique. Le trait délicat, qui donne autant d’importance aux paysages qu’aux personnages, convient parfaitement à ce type de récit. On sent la patte d’un auteur qui sait faire passer beaucoup de choses avec peu de mots.

Le fait que ces histoires soient restées inachevées leur donne une couleur particulière. On les lit avec émotion, en sachant qu’elles sont parmi les dernières, et cela rend chaque page plus précieuse. Ce n’est pas un manga d’action, il faut accepter de ralentir, mais c’est justement ce qui fait son charme. Un livre à conseiller aux fans de longue date comme à ceux qui voudraient découvrir l’auteur par un côté plus contemplatif.

