[Chronique Manga] Ma Façon d’aimer !
Et si l’amour ne passait pas forcément par le couple, le désir ou la norme qu’on nous vend depuis l’enfance ? C’est la question que pose Ma façon d’aimer, one-shot signé Uta Isaki, disponible depuis le 3 juin chez Akata. Autrice aguerrie avec bientôt vingt ans de carrière mais totalement inédite en France jusqu’ici, Isaki s’attaque à un sujet encore trop rare dans le manga : l’asexualité et l’aromantisme, abordés avec une justesse et une douceur qui font tout le sel de ce court récit. Dans une société où le couple et la sexualité sont érigés en modèles absolus du bonheur, ce manga vient tranquillement bousculer les injonctions et ouvrir un espace pour d’autres façons, tout aussi légitimes, d’aimer et d’exister.

L’édition française de Ma façon d’aimer est publiée par Akata, qui avait annoncé le titre fin 2024 sous son nom japonais Kimi no Sekai ni Koi wa Nai. Le manga a d’abord été proposé en avant-première numérique dès le 12 juin 2025, avec un premier chapitre disponible chez les e-libraires habituels au prix de 0,99€. La version papier, très attendue par les lecteurs, s’est fait patienter avant d’être confirmée pour le 3 juin 2026 au prix de 8,50€, sous la forme d’un volume unique puisqu’il s’agit d’un one-shot.

Chika n’est jamais tombée amoureuse et se sent profondément mal à l’aise avec les contacts physiques, une différence que son entourage s’obstine à mettre sur le compte de la fameuse « bonne personne » qu’elle n’aurait pas encore rencontrée. Pour se conformer à cette norme, l’adolescente s’efforce longtemps de coller aux attentes des autres, quitte à se mettre en difficulté. Mais tout bascule à son entrée à l’université : une rencontre décisive lui fait découvrir qu’elle n’est pas seule dans son cas, et l’aide enfin à poser des mots sur ce qu’elle ressent réellement.

Il y a des mangas qui bousculent en douceur, et Ma façon d’aimer en fait clairement partie. Uta Isaki signe ici un récit d’une grande justesse sur l’asexualité et l’aromantisme, deux réalités qu’on croise rarement dans le manga, et encore plus rarement traitées avec autant de délicatesse.
Ce qui frappe d’abord, c’est la sincérité du propos. Pas de grand discours théorique, pas de leçon assénée : juste une héroïne attachante qui cherche à comprendre pourquoi elle ne rentre pas dans le moule qu’on lui impose depuis toujours. Le trait d’Isaki, tout en retenue, accompagne parfaitement cette introspection sans jamais tomber dans le pathos.
On referme ce one-shot avec la sensation d’avoir appris quelque chose, et surtout d’avoir passé un moment avec un personnage profondément humain. Une lecture courte mais qui laisse une empreinte durable, et qui a toute sa place aux côtés d’autres beaux témoignages sur les spectres asexuels et aromantiques publiés ces dernières années.

Uta Isaki est une mangaka japonaise à la carrière déjà bien remplie, puisqu’elle approche des vingt années de carrière et a conçu de nombreux mangas dans des genres très variés. Ma façon d’aimer marque toutefois sa toute première œuvre publiée en France, une porte d’entrée idéale pour découvrir sa sensibilité d’autrice. Le titre a d’abord été prépublié au Japon en 2020 dans le magazine Hatsu Kiss des éditions Kôdansha, avant de traverser les frontières pour rencontrer le public français chez Akata. Avec ce one-shot consacré à l’asexualité et à l’aromantisme, Isaki confirme une écriture attentive aux sujets encore peu représentés, et donne envie de découvrir le reste de sa bibliographie si elle venait, elle aussi, à être traduite un jour.



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