Coup de gueule de Neikko : l’art de confondre auteur et œuvre
J’ai déjà pris la parole ici pour parler des dérives qui entachent notre milieu, mais aujourd’hui, je franchis un cap dans l’exaspération. On va parler d’un cancer qui ronge la communauté manga et animation : l’incapacité chronique à faire la distinction entre la fiction et la réalité, entre le créateur et sa création.
Franchement, avant de scroller plus loin, sachez que cet article vise directement les « procureurs de X/Twitter ». Ces gens qui, bien planqués derrière un pseudo, se sentent investis d’une mission divine pour détruire des carrières sans avoir pigé un traître mot de l’œuvre qu’ils critiquent. On va parler de Yoshitoki Oima. Oui, l’autrice du chef-d’œuvre A Silent Voice. Aujourd’hui, elle se tape un lynchage d’une débilité sans nom.
Le tribunal de X a encore dérapé

Le topo est simple, mais les réactions ? Navrantes. Dans sa série actuelle, To Your Eternity, Oima met en scène un type au comportement carrément crade : un mec qui mate sa propre frangine avec des yeux de pervers. Un vrai pointeur, n’ayons pas peur des mots.
Et là, c’est l’anarchie totale dans la communauté. Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi ce personnage est écrit comme ça, une meute de haters a décrété que si l’autrice dessinait un pointeur, c’est qu’elle en était une elle-même. On marche sur la tête, sérieux. On insulte une artiste de « pointeuse » parce qu’elle ose explorer les zones d’ombre dégueulasses de l’humain. C’est le niveau zéro de la réflexion.
Pourquoi la communauté manga pète un câble ?
Dans notre milieu, on se vante d’être ouverts d’esprit. Pourtant, dès qu’un auteur sort du Shonen « bisounours » pour montrer la noirceur du monde, la communauté se change en tribunal de l’Inquisition.
Dans To Your Eternity, ce perso n’est pas là pour vous plaire. Il n’est pas là pour faire fantasmer. Il est là pour vous foutre mal à l’aise, pour montrer la complexité (parfois gerbante) des relations humaines. Mais non, c’est trop demander aux neurones de certains. Pour eux, l’équation est binaire :
- Tu dessines un crime = tu kiffes le crime.
- Tu dessines un déviant = tu es un déviant.
On va finir par lire quoi à ce rythme ? Des notices de micro-ondes ?
Quelques exemples pour vous réveiller le cerveau
Si on suit la logique foireuse de ces génies de la communauté, balançons tout le monde au bûcher alors :

Eiichiro Oda (One Piece) : Le mec dessine de l’esclavage et des génocides à chaque arc. C’est un tyran esclavagiste ? Bah non, c’est juste un auteur qui dénonce la pourriture du pouvoir.
Naoki Urasawa (Monster) : Il nous a pondu l’un des pédophiles les plus flippants de l’histoire (le directeur du Kinderheim 511). Est-ce qu’on l’a traité de prédateur ? Non, on a applaudi son génie pour écrire des méchants qui marquent au fer rouge.


Kentaro Miura (Berserk) : Entre les viols et les massacres de gosses, son œuvre est un condensé de l’enfer. Personne n’a jamais dit que Miura était un criminel. Pourquoi ? Parce que la communauté respectait encore la narration à l’époque.
Alors pourquoi on s’acharne sur Yoshitoki Oima ? Parce que c’est une femme ? Parce que le sujet est devenu le nouveau punching-ball des puritains du net ?
Montrer n’est pas valider : rappel pour les amnésiques
C’est le cœur de mon coup de gueule. Hurler qu’une autrice est une pointeuse parce qu’elle écrit sur un pointeur, c’est aussi con que de dire : « Cet acteur joue un nazi dans un film sur la guerre, donc c’est un nazi ». Stop. Arrêtez les frais.
L’écriture, c’est un miroir. Si Oima nous montre un type abject, c’est pour nous faire ressentir ce dégoût. Pour nous questionner sur ce qui définit un humain. To Your Eternity, c’est une quête sur l’humanité. Et spoiler : être humain, c’est aussi se taper une part d’ombre, des pulsions et de la folie.
En fliquant les thèmes, en harcelant les auteurs, la communauté assassine la créativité. On va se retrouver avec des histoires lisses, sans goût, où tout le monde se tient la main. C’est ça votre rêve ?
Le mot de la fin (et il pique)
Arrêtez deux secondes de mélanger votre morale de salon avec l’analyse d’une œuvre. Si un manga vous file la nausée, fermez-le. C’est votre droit le plus strict. Mais ne venez pas salir une femme qui a prouvé avec A Silent Voice qu’elle avait mille fois plus d’empathie que vous n’en aurez jamais derrière vos claviers.
La communauté manga mérite mieux que cette chasse aux sorcières de pacotille. Avant de gerber votre haine, demandez-vous : est-ce que je critique le bouquin, ou est-ce que j’essaie juste de me donner une bonne conscience sur le dos d’une artiste ?
Soyez un peu plus malins, ou changez de hobby. Le manga est un art, et l’art n’est pas là pour vous brosser dans le sens du poil.
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Je suis bien d’accord avec cette article pour le moins révélateurs de la bêtise de certains lecteurs