Quand on parle de Suehiro Maruo, on pense tout de suite à des histoires sombres, étranges, qui dérangent autant qu’elles fascinent. Cette fois, il pose son regard sur un monde qu’il connaît bien : celui des artistes qui veulent tout changer et qui se rêvent déjà célèbres. Un sujet plus humain, qui laisse entrevoir un autre Maruo, tout aussi singulier.

À la fin des années 1960, Tokyo est en pleine effervescence. Le pays s’enrichit, les manifestations se multiplient, et dans l’ombre des grandes avenues, toute une jeunesse se retrouve dans les théâtres d’avant-garde, les concerts folk et les petites revues. C’est dans ce milieu que Migeru Mizuki, un jeune garçon qui jongle entre son petit boulot et ses études, tente de devenir mangaka. Au fil de ses rencontres, il découvre que ceux qui se disent révolutionnaires ou génies incompris ne sont pas toujours aussi sincères qu’ils en ont l’air.

Ce qui plaît d’abord dans Underground, c’est l’envie de raconter une époque sans la rendre plus belle qu’elle n’était. Maruo ne se contente pas de montrer des jeunes qui rêvent grand : il s’intéresse aussi à leurs petites lâchetés, à leurs mensonges et à leur besoin d’être reconnus. On suit l’apprenti mangaka comme un témoin, et on comprend vite que la vie d’artiste n’a rien d’un conte de fées. Le trait en noir et blanc, soigné et plein de détails, donne une vraie présence aux décors comme aux visages. On sent que l’auteur sait de quoi il parle, et ça donne de la force au manga.

Pour quelqu’un qui découvre Maruo, c’est aussi une bonne porte d’entrée, car l’ambiance reste plus posée que dans ses titres les plus extrêmes. Le rythme est calme, il faut prendre son temps, mais on se laisse porter par les personnages et par l’atmosphère de cette période. La traduction de Miyako Slocombe rend la lecture fluide et naturelle. C’est un manga qui intéressera ceux qui aiment le Japon des années 1960, les histoires de création et les récits qui montrent l’envers du décor.

